La vie en toutes lettres : Ces paroles qui marquent notre existence

La vie en toutes lettres : Ces paroles qui marquent notre existence

0.0/5 rating (0 votes)

La Vie en toutes lettres conjugue la lettre à tous les temps de 1519 à 2010.

D'amitié à transmission, 26 mots clés pour regrouper des lettres inoubliables afin de dresser un abécédaire aussi passionné qu'émouvant de la correspondance : Jean Gaudichaud écrit à sa cousine en 1806, afin de lui conter sa dernière bataille et de la demander en mariage; «Alouette» commande à Jésus les habits de ses poupées en décembre 1905 ; Antoine de Saint-Exupéry célèbre l'écologie et l'amitié en 1934 ; Raymond, résistant déporté, écrit une lettre sur une planche avant de la sceller dans le mur d'une maison polonaise; Robert Desnos dicte un chant d'amour à Youki depuis son camp de concentration ; Denise s'adresse à ses onze enfants avant de mourir en couches en 1947; Philippe implore sa mère qui perd la mémoire en 2010...
105 trésors en toutes lettres choisis parmi les milliers de courriers et de courriels envoyés par les Français qui ont répondu à l'appel émis dans la presse, sous l'égide de La Poste, puisés dans les collections des grandes institutions de la mémoire et des grands passionnés d'autographes. La lettre, éclectique, à l'image de la vie. La lettre dans tous ses états, qu'elle soit manuscrite ou pixélisée. La lettre : expression de l'intime par excellence.

Le poids des mots, la force des histoires, l'émotion des manuscrits

Après paroles de poilus, paroles de détenus, chère école, paroles d'étoiles, paroles du jour J, Je t'aime, Paroles d'enfance, Paroles de femmes et Paroles de l'ombre, La Vie en toutes lettres continue à nous faire entendre la petite musique de l'âme humaine.

Jean-Pierre Guéno est le créateur des «Paroles de...». Depuis Paroles de poilus jusqu'à Paroles de l'ombre, en passant par Chère école, cet ancien élève de l'École normale supérieure est devenu le passeur de la mémoire de ces acteurs de l'Histoire et de la vie que sont nos parents et nos enfants et qui n'ont rien à envier aux têtes d'affiche de nos magazines et de nos livres de classe... 
Depuis quatorze ans, il fait toujours appel à Jérôme Pecnard, son «metteur en images» préféré.




Éloge de la correspondance

Sans curiosité, le monde semblerait toujours plus étroit et toujours plus virtuel. Nous avons le sentiment de l'avoir domestiqué, d'avoir apprivoisé l'espace et le temps, raccourci les distances, comprimé les heures et les messages, dilaté le temps de vivre, enregistré dans notre mémoire la vision globalisante des satellites, la vitesse des ondes et celle de la lumière. Mais en ce début de troisième millénaire, un regard lucide pourrait nous faire penser que nous vivons un contretemps provisoire : celui de l'éphémère et de l'instantané, du tumulte et du vacarme, de la profusion et du télescopage; celui des mémoires saturées, du brouillage et de la confusion, de l'oubli et de la grande amnésie, de la mousse et des messages qui s'effacent d'un clic, de ces pixels et de ces sons numérisés qui hypertrophient dans les royaumes virtuels notre vue et notre ouïe, et nous laissent vides de sensations, de caresses, de goûts et de senteurs,
Nous devons rendre sa juste place au temps ; réincarner la vie, redéployer l'éventail de toutes nos sensations, retrouver la saveur des fruits de saison, l'odeur de la terre et des tilleuls après la pluie, la rémanence des frissons, la chaleur d'un baiser, la senteur et la soie douce de la peau, le souffle du vent, le parfum des choses, de l'encre et du papier. Et nous redécouvrons, émerveillés, cet antidote à tous les poisons du grand vide : la lettre de papier qui symbolise à elle seule toutes les correspondances célébrées par Charles Baudelaire.
La lettre donne à voir, à lire et à entendre des mots qui virevoltent et qui s'enflamment, Elle porte en elle la mémoire olfactive du parfum de son auteur, de celui de son encre et de son papier, la mémoire sensuelle de son écriture manuscrite, ou de sa signature, du chemin, des ondulations de ses verbes et de ses syllabes, la mémoire du son de sa plume ou des palpitations de son clavier. Elle permet à son destinataire d'entendre le grincement de la grille qui s'ouvre, et le pas du facteur qui se rapproche; elle lui permet de humer le cuir de sa gibecière. Elle permet à son expéditeur de sentir sur sa langue le goût de la gomme du timbre, La lettre, c'est aussi le souvenir des doigts qui l'ont touchée, pliée, triée, pesée, caressée, qui ont tressé le grand mariage de l'encre et du papier et qui ont enfanté, orchestré, dessiné, tatoué, dans le plaisir ou dans la douleur, la petite musique des mots, la vibration des âmes.
Progressivement, le pixel retrouvera sa vraie place, Dans la grande célébration des noces du virtuel et du charnel, il deviendra au papier ce que le vitrail est à l'église : une fenêtre, une vitrine, une prise de lumière. La lettre humaine est le fruit d'un apprentissage de cinq millions d'années durant lesquelles l'homme passa de l'ère des cailloux et des bâtons à celle des chiffres et des lettres. La lettre est tour à tour et parfois simultanément le sismographe de l'âme, l'écrin de la passion, le florilège des petits riens et des grands moments de la vie, le vecteur du rire ou celui de la colère, l'herbier des souvenirs et des émotions, le grand livre de l'air du temps, le minutier des voyages ou le journal intime de la pensée,
En ce début de XXIe siècle, alors que la lettre se dématérialise en millions de pixels tout en réaffichant sur l'écran ses images de papier, l'homme qui marche dans la rue pourrait avoir rêvé d'une formidable mise en correspondance de toutes les lettres, écrites, envoyées et reçues par ces milliards d'hommes qui ont peuplé la planète, et dont les corps endormis, les cendres dispersées ont nourri la terre et salé les océans.,. Une sorte de fil d'Ariane qui.de pages en pages, de lettres en lettres, de mails en mails, finirait par reconstituer le sens de notre existence humaine, «Que la terre leur soit légère, ils ont aimé» disait le poète. Et qu'à tous les épistoliers, la terre soit douce à vivre ou à mourir en paix : ils ont écrit.

Jean-Pierre GUÉNO.



Biographie de l'auteur

Auteur des Paroles de (Paroles de poilus, Paroles d'étoiles, Paroles du Jour J, Paroles de détenus, Paroles de femmes... Éditions Librio et Les Arènes), de Voleurs de feu (Flammarion) et de Paroles de l'ombre (Les Arènes), ainsi que de nombreux livres illustrés valorisant les plus beaux textes et les plus beaux manuscrits de la langue française, cet ancien élève de l'École normale supérieure est un " passeur " de traces et de mémoire et va traquer les trésors qui composent ses ouvrages dans le jardin secret des plus grands auteurs comme dans celui de nos familles. La mise en images de cet album, c'est lui. Photographe, graphiste et directeur artistique publicitaire, Jérôme Pecnard a cosigné de nombreux albums dont la collection Paroles de... aux éditions Les Arènes. C'est lui qui, dès 1998, avec l'album Paroles de poilus, a fait bouger la mise en page des albums pour la rendre plus vivante, plus dynamique. Son style allie documents, manuscrits, photos et objets dans de subtiles compositions. Il nous plonge au coeur de chaque témoignage et nous permet de vivre les événements à notre tour, dans l'émotion de l'instant.

 

Specifications

  • ISBN-10: 2259212891
  • ISBN-13: 978-2259212892
  • Paperback: 240 pages